Mois de l’histoire des Noirs au Royaume-Uni 2025 : pourquoi cela ressemble à un retour en arrière – et ce que nous pouvons faire
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Lecture de 7 minutes Crédit photo : Alpha Illustration stock.adobe.com
Auteur : Bardot
Introduction
En 2025, le Mois de l’histoire des Noirs au Royaume-Uni a une tout autre saveur. Et pas pour le meilleur.
Même si vous n’avez pas suivi les réseaux sociaux ces trois dernières semaines, vous n’aurez pas manqué de constater que nous, au sein de la culture noire britannique, ressentons ce changement, le faisons entendre et en sommes témoins : moins d’événements soutenus par de grandes entreprises, des financements réduits, une couverture médiatique moindre, une activité quasi inexistante dans les écoles, les collèges et les universités, et davantage de marketing performatif « à cocher » que de véritable éducation. L’effervescence a disparu. L’énergie s’est éteinte. Et le besoin bien réel d’une compréhension culturelle plus approfondie ? Il est ignoré.
Et même si des milliers d’événements et de projets organisés à la base ont lieu, auxquels les gens apportent leur soutien en personne ou par des dons, soyons honnêtes : les autorités ont relégué au second plan le Mois de l’histoire des Noirs au Royaume-Uni, et nous ne pouvons pas faire comme si nous ne le voyions pas.
Ce n’est pas un hasard si l’approche tiède de cette année survient alors que les idées d’extrême droite sont devenues courantes et que le discours du gouvernement autour de la « diversité », de l’« équité », de l’« égalité », de l’« inclusion » (DEI) et de leur dévoiement, ainsi que l’emploi délibérément abusif du terme « woke », se font de plus en plus hostiles. Ce ne sont pas des observations inventées : pour de nombreux Britanniques noirs, c’est le quotidien.
Le climat politique a contribué à renforcer des discours qui réduisent au silence, édulcorent ou marginalisent les voix noires. Il ne s’agit pas seulement du manque d’invitations à des fêtes ou de campagnes d’entreprise en octobre ; il s’agit aussi de l’effacement systématique de l’histoire des Noirs britanniques, de nos contributions, de nos initiatives de création de liens communautaires et de nos préoccupations et réclamations légitimes face aux absurdités auxquelles nous sommes constamment confrontés dans ce pays. Citons, parmi les exemples récents, le rapport Macpherson et l’enquête sur Stephen Lawrence, le scandale Windrush ou la catastrophe de la tour Grenfell.
Le Mois de l’histoire des Noirs devait toujours être l’occasion de célébrer, de combler les lacunes dans les connaissances, de rassembler les communautés et de mettre en lumière des récits absents des programmes scolaires. Pourtant, 2025 nous a montré à quel point cette mission est peu valorisée. À l’intention des quelques importuns qui demandent sarcastiquement : « Pourquoi n’y a-t-il pas de mois de l’histoire des Blancs ? », la réponse est : il existe déjà : ce sont tous les autres mois.
Cette négligence est plus que symbolique. C’est une occasion manquée de renforcer l’unité nationale, l’éducation et la guérison, à une époque où celles et ceux qui sèment la division ont davantage de temps d’antenne, plus d’influence, plus d’espace dans la presse, davantage de soutiens intéressés, etc. Ignorer l’histoire des Noirs dans un pays façonné par la traite transatlantique des esclaves, le colonialisme, les migrations et le multiculturalisme, c’est comme essayer de regarder un match de football dont on aurait effacé tous les buts. On n’a pas une vision complète de ce qui s’est passé, et cela nourrit l’incompréhension, la peur, la division et l’exclusion.
L’éducation à la culture noire ne s’adresse pas uniquement aux personnes noires. Elle s’adresse à tout le monde. Bien menée, elle peut favoriser l’empathie, faire reculer les préjugés et créer des communautés plus fortes, plus saines et plus prospères.
Voici la vérité : personne ne viendra nous sauver. Mais depuis quand cela nous a-t-il arrêtés ? Les personnes noires et nos communautés ont toujours été les architectes de notre propre résistance, de notre reconnaissance et de notre joie. Le manque actuel de soutien des institutions ouvre simplement la voie à des approches novatrices pour développer, reprendre en main ou reconstruire les initiatives locales à l’échelle nationale, régionale et locale, afin que nous puissions atteindre et exploiter pleinement notre potentiel, et renforcer ainsi notre propre écosystème pour les générations à venir.
À titre de réflexion, voici quelques idées concrètes pour transformer et raviver l’éducation et le paysage culturels noirs, non seulement en octobre, mais pendant les 365 jours de l’année. Petit clin d’œil à @tiannathewriter sur TikTok, qui a également évoqué certaines de ces idées :
1. Des dîners où les générations se racontent leurs histoires
Organisez des dîners mensuels ou trimestriels avec des aînés de la génération Windrush ou des pionniers de la diaspora africaine. Laissez-les raconter leur arrivée au Royaume-Uni, la façon dont ils ont tissé des liens et construit un foyer dans un pays hostile. Feuilletez leurs albums photo et discutez-en. Immortalisez ces récits sous différentes formes, organisez des soirées cinéma dans des salles indépendantes et archivez-les. Vous pouvez aussi le faire avec votre famille ou vos amis.
Par coïncidence, @tiannathewriter prépare actuellement un projet visant à enregistrer et archiver les témoignages audio d’aînés britanniques des Caraïbes dans le nord-ouest de Londres. Pour soutenir ce projet culturel, vous pouvez faire un don au projet d’histoire et d’archives sur JustGiving.
2. Des ateliers « Papa ne sait pas tresser »
Ces ateliers existent déjà, mais allons, développons-les dans tout le Royaume-Uni. La création de liens communautaires et familiaux par la culture commence par des gestes simples de ce genre : en apprenant à prendre soin des cheveux de leurs enfants, les pères renforcent leur complicité et leur confiance, tout en redéfinissant les rôles pour favoriser des relations saines et équilibrées.
3. Des cours de cuisine pour les ados
Autre idée d’atelier qui existe déjà, mais qui reste très marginale pour l’instant. Faisons appel aux aînés pour enseigner les grands classiques de la cuisine africaine et caribéenne, afin que les jeunes générations apprennent plus que des recettes : l’histoire de nos plats, les dosages intuitifs, la patience, l’organisation et la musique qu’il faut absolument mettre en cuisinant et en dansant dans la cuisine.
4. Des cérémonies de passage à l’âge adulte
Les rites de passage sont importants. Imaginez une bar-mitsva ou une quinceañera, à la sauce noire britannique. Célébrons les étapes importantes de la vie de nos jeunes comme de nos aînés, avec des prières (imposition des mains, par exemple), de la musique, des récits, des cadeaux et la reconnaissance de la communauté.
5. Relancer les écoles du samedi afro-caribéennes
Très populaires dans les années 1960 et 1970, ces cours du week-end enseignaient l’histoire et la culture noires dans des salles paroissiales et des centres communautaires, à une époque où les écoles classiques ne le faisaient pas. Pourquoi ne pas les relancer dans toutes les régions, avec des enseignants de la communauté, des bénévoles et, pour commencer, un financement participatif ?
6. L’initiative des histoires en 10 mots de House of Nyabinghi
Cette initiative d’écriture créative invite les personnes noires à exprimer leur histoire, leur héritage, leurs espoirs pour l’avenir ou autre, en seulement 10 mots. Ces micro-récits archivés — dont la première série sera publiée dans le calendrier culturel et agenda hebdomadaire 2026 à paraître — pourront être exposés lors d’événements culturels et de festivals du livre, puis adaptés en installations artistiques ou en œuvres dramatiques pour la scène ou l’écran.
7. Relancer les clubs de jeunes et les espaces de rencontre pour les ados et préados
Le gouvernement a lancé huit Young Future Hubs — qui seront bientôt 95 — dans tout le pays, en partenariat avec des services régionaux, pour lutter contre les comportements antisociaux, les gangs et les agressions au couteau, et aider les jeunes qui ne suivent pas de formation, ne travaillent pas et ne sont pas scolarisés. Ne pourrions-nous pas aussi trouver une façon novatrice d’utiliser nos lieux de culte, bibliothèques et supermarchés, qui sont des piliers solides dans chaque communauté ? Mettre en place dans ces bâtiments un programme mensuel d’activités, accompagné d’un soutien en matière de santé mentale, de formation professionnelle et d’orientation vers les métiers d’avenir, ou obtenir des subventions pour louer des locaux à proximité, pourrait être un bon début.
8. Mettre à l’honneur les activités culturelles existantes :
(soutenir, développer ou créer de nouvelles antennes des initiatives ci-dessous)
· La foire d’art contemporain africain 1-54, ainsi que des expositions d’art plus variées et des cours d’histoire de l’art.
· Africa Fashion Week London (AFWL), ainsi que des initiatives plus larges dans le secteur des arts créatifs.
· Le festival du livre noir britannique.
· Black Business Show UK.
· Le séjour camping Black Girls.
· Les carnavals et l’histoire de leur création.
· Guap Gala : récompenser et mettre à l’honneur les créateurs noirs dans l’univers numérique.
· Des programmes de mentorat et de bénévolat intergénérationnels
· Kwanda (finance des projets et des subventions en Afrique) / l’application Pardna (soutient les familles et les amis)
· Les célébrations de Kwanzaa : honorer activement cette tradition festive et y prendre part.
· Des conventions confessionnelles, des pôles culturels et des excursions à la journée pendant les vacances d’été.
· Des cours de musique (pour jouer d’un instrument, écrire et lire la musique, découvrir les sciences de la musique, etc.)
· Des séjours de ressourcement axés sur la santé mentale et le bien-être émotionnel, dès l’adolescence.
· Saturday Soup Collective : préparez votre soupe, puis sortez célébrer les genres musicaux noirs comme la soca, le calypso, le lovers rock, le reggae, la soul et bien d’autres.
· Communauté du patinage – danser avec tous les âges tout en apprenant une nouvelle compétence sur deux roues.
· Programmes STEM et événements technologiques - par ex., le réseau Black Girls That Code, l'astrophysique, l'astronomie etc..
· Les Explorateurs – club de randonnée pour ceux qui aiment marcher régulièrement dans la nature.
· Les Semaines internationales du ski – clubs de voyage pour le ski et le snowboard destinés aux personnes noires.
· Le Club d'observation des avions – pour les filles noires qui aiment l'aviation et l'ingénierie.
· Festival du film noir britannique.
· Club de sports nautiques (kayak, aviron, voile, ski nautique, yachting).
· Et bien plus encore…
Peut-on aller au-delà d'octobre ? Absolument ! Mais il nous faut tous nous mobiliser pour créer un calendrier culturel annuel qui soutienne les différentes régions, groupes d'âge, intérêts, capacités, genres, orientations sexuelles et milieux économiques.
Pensez-y : il y a actuellement environ deux millions de personnes noires vivant au Royaume-Uni. Imaginez si nous versions chacun dans une cagnotte collective de style coopératif 20 £, 50 £, 100 £ ou même 500 £.
Faites le calcul… et maintenant… réimaginez ce que nous pourrions accomplir avec ce financement privé – l'investissement de chacun d'entre nous - pour nos initiatives culturelles, notre soutien aux entreprises, notre santé, notre logement, notre éducation, etc.
Oui… les possibilités de cette immense croissance et richesse de notre écosystème seraient infinies. Cela signifie que nous pourrions également recommencer, par exemple tous les 5 ou 10 ans, pour assurer le développement positif de nos générations futures.
Selon l'endroit où vous travaillez, le Mois de l'histoire noire est devenu dans certains espaces d'entreprise une simple présentation PowerPoint des points clés de la DEI – si elle existe encore.
Mais cela peut être bien plus que cela.
Les entreprises, quelle que soit leur taille, ont l'opportunité et la responsabilité morale de créer des espaces d'apprentissage, d'équité et de maîtrise culturelle. Ne vous contentez pas d'engager un conférencier à la fin du mois de septembre puis de cocher une case. Intégrez plutôt l'histoire noire, les voix et les contributions noires dans l'ADN culturel de l'entreprise.
En me mettant dans ma casquette d'organisateur d'événements, un calendrier annuel d'initiatives pourrait couvrir les éléments suivants :
- Déjeuners-conférences (50 minutes)
Un jour par mois pour explorer une figure noire britannique différente, un innovateur, un moment culturel ou un pionnier au sein de l'entreprise. Faites tourner les intervenants en interne et en externe.
- Club de lecture diversifié / Projections de films
Sélectionnez une liste de lectures ou de films qui couvre les expériences noires britanniques à travers le temps. Organisez une discussion mensuelle autour d'un café ou d'un déjeuner. Cela développe l'empathie au sein de votre équipe, crée des espaces de dialogue sécurisés et brise les silos qui peuvent se former sur le lieu de travail.
- Ambassadeurs culturels internes
Donnez aux employés noirs les moyens de façonner certains des programmes culturels. Offrez du parrainage et le soutien de la haute direction, pas seulement du mentorat.
- Dialogues de la diaspora
Créez un espace pour que ceux qui se sont installés dans le pays et les employés de première génération partagent leurs histoires et écoutent leurs récits d'une perspective panafricaine. Fournissant ainsi une compréhension culturelle des différentes parties de la diaspora et de ce à quoi ressemble et comment se vit le travail dans ce secteur pour eux sur le terrain.
- Audits Fournisseurs + Marque
Élargissez les listes de fournisseurs approuvés pour travailler activement avec des entreprises, des designers, des artistes et des agences appartenant à des personnes noires. Votre pouvoir d'achat fait partie de vos valeurs, ce qui peut produire un rendement élevé sur votre investissement tant financièrement que culturellement.
- Ressources d'apprentissage décentralisées
Partagez des boîtes à outils, des podcasts, des playlists ou des bulletins internes qui explorent des sujets comme Windrush, ou la Powerlist - comme exemple - des personnes noires britanniques les plus influentes et mettez en lumière des individus qui excellent dans le même secteur.
Dans le paysage géopolitique, économique et sociopolitique actuel, il est facile de se résoudre au silence ou à rester neutre. Mais voici le problème : les deux options protègent le statu quo. Et le statu quo est brisé. Alors que nous assistons à une montée du nationalisme, de la rhétorique anti-immigration et de l'effacement de l'histoire noire dans l'éducation et les institutions, c'est le moment pour les entreprises de prouver qu'elles se soucient vraiment de la diversité.
Pour créer une culture plus saine et plus inclusive, les entreprises peuvent (si elles ne le font pas déjà) :
- Intégrer l'équité dans les KPI
Le renforcement de la culture lié à la performance des dirigeants, pas seulement aux objectifs.
- Investir dans la déconstruction des biais
Former les équipes à comprendre les biais dans l'embauche, les retours, les promotions, puis les déconstruire avec de nouvelles structures.
- Prioriser la sécurité psychologique
Les employés noirs ne devraient pas avoir à se restreindre, s'autocensurer ou changer de code linguistique pour réussir. Créez des cultures basées sur l'honnêteté et l'inclusion, qui favorisent l'innovation et la rétention.
- Communiquer de manière transparente
Les employés respectent les progrès, pas la perfection. Par conséquent, soyez ouvert sur les domaines où votre entreprise est en reste et ce que votre entreprise fait pour créer un changement.
- Créer un mentorat interculturel
Connectez les jeunes employés noirs avec des sponsors exécutifs dans tous les départements. Construisez des relations tangibles, pas seulement une politique RH.
Pour résumer, nous n'avons pas besoin d'un autre octobre de cocher des cases.
Nous avons besoin d'une Année de l'histoire noire; un engagement continu envers la visibilité, la créativité et la vérité. Parce que notre histoire et nos récits n'ont pas commencé avec l'esclavage et ne se terminent pas avec une affiche dans un hall d'entreprise. La diaspora africaine est toujours une diaspora en mouvement.
La culture noire est la culture britannique. Point.
Alors, avançons et augmentons notre pouvoir - communauté par communauté, arrondissement par arrondissement, région par région; en racontant nos histoires, en tendant des ponts pour que nous puissions atteindre les autres et les éduquer à travers notre art, notre mode, notre musique, notre nourriture, nos pionniers, nos précurseurs et nos acteurs du changement. Parce que si nous ne le faisons pas, qui le fera ?
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