L'Afrique et son arche remplie de textiles et d'imprimés
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6 min de lecture Crédit photo : Aninka, stock.adobe.com
Auteur : Bardot
Introduction : Tic-tac, boum !
« L’Afrique et son arche pleine de textiles et d’imprimés » rend un hommage sans concession à l’héritage et à l’innovation des textiles africains. Tandis que TikTok révèle les coulisses cachées de la fast fashion, l’Afrique reste fidèle à elle-même, forte d’un riche patrimoine de tissus authentiques imprégnés de culture, comme les imprimés Ankara, où chaque point raconte une histoire. De la royauté à la rébellion, la mode culturelle en Afrique a toujours allié fonctionnalité et panache, créant une arche vivante de couleurs, de symboles et de patrimoine.
Cela m’a amenée à réfléchir à un autre fait important souvent passé sous silence : la plupart des cuirs, ainsi que d’autres peaux utilisées par certaines des marques de maroquinerie, de chaussures et d’accessoires de luxe les plus réputées au monde, sont issus du continent africain. Tout cela, avant que ces pièces textiles spécialisées – parfois encore à l’état de matière première – ainsi que d’autres composants, soient expédiés en Chine pour la deuxième phase du processus de fabrication.
Mike Redwood, chroniqueur pour International Leather Maker, a déclaré :
« …L’Afrique possède une riche tradition du travail du cuir ; l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie ont une histoire qui remonte à plus de 3 000 ans… »
À l’instar de Winston World of Leather – société sœur de Winston Luxury Leather (WLL) et de God’s Little Tannery (GLT), et plus grand fabricant nigérian de cuirs, y compris de peaux rares et exotiques, présent depuis plus de 100 ans –, le gouvernement nigérian a également mis en place un cadre favorisant la collaboration entre les tanneries locales et les créateurs, maisons de mode et acheteurs internationaux, afin de soutenir l’économie nationale tout en protégeant le savoir-faire régional et les artisans locaux.
Par ailleurs, le Botswana, l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya, le Maroc, la Namibie, la Somalie, l’Afrique du Sud, le Soudan et la Tunisie exportent vers l’Asie, l’Afrique du Nord et l’Europe différentes peaux et autres cuirs bruts. Bien que le continent soit à lui seul à l’origine d’environ 30 % des exportations mondiales – soit 3,5 milliards de dollars pour l’Afrique –, la reconnaissance mondiale de son importance dans le processus de production du luxe fait toujours cruellement défaut. Il en va de même pour des réglementations solides visant à empêcher l’exploitation des minerais, des fibres et des autres ressources naturelles de l’Afrique au profit des consommateurs insatiables du monde entier.
À côté de la vaste gamme de cuirs, les vêtements imprimés africains sont à la fois une tendance et un phénomène culturel mondial. Des podiums de Paris aux rues de New York et bien au-delà, les imprimés africains sont devenus un puissant langage de la mode, qui parle de résilience, de rébellion, de créativité et de beauté intemporelle.
Ces dernières années, les imprimés africains ont dépassé les frontières culturelles pour devenir un symbole universel de style et d’expression personnelle. Grâce à des procédés de fabrication durables et à des motifs élaborés – mais chargés de sens – qui donnent lieu à des récits variés puisés aux quatre coins du continent et exprimés par le textile, les vêtements autrefois considérés comme traditionnels et réservés à quelques-uns se sont imposés comme une déclaration de mode mondiale, adoptée par les créateurs, les célébrités et les passionnés de mode du monde entier.
Dans le vaste secteur créatif, des artistes de renommée internationale comme Chris Ofili, Hassan Hajjaj, Kehinde Wiley, Yinka Shonibare et bien d’autres utilisent les textiles imprimés africains comme élément central – parfois comme toile de fond – de leurs œuvres. Toujours saluée par la critique, l’utilisation contemporaine de la riche tapisserie africaine continue d’instruire le grand public et de faire avancer le débat sur la colonisation, le capitalisme, le symbolisme de façade, l’héritage, la culture, le sentiment d’appartenance et les réparations.
Présentation de quelques imprimés et textiles populaires
1. Adire (textile nigérian teint à l’indigo)
- Textile traditionnel yoruba du sud-ouest du Nigeria.
- Réalisé selon des techniques de teinture par réserve.
- Reconnaissable à ses motifs complexes bleus et blancs.
- Porte une symbolique culturelle riche et complexe.
2. Ankara (tissu ouest-africain à imprimé wax)
- Tissus de coton éclatants et colorés.
- Initialement influencés par les techniques du batik indonésien.
- Très populaires au Nigeria, au Ghana et dans toute l’Afrique de l’Ouest.
- Motifs géométriques audacieux.
3. Étoffe d’écorce
- Très utilisée pour les costumes portés lors des cérémonies et des occasions spéciales.
- Ses fibres naturelles proviennent du figuier.
- Une fois transformée en étoffe, elle peut être teinte ou brodée.
- Présente au Cameroun, au Congo et en Ouganda.
4. Batik (Zimbabwe)
- Batiks à la pâte d’amidon, réalisés à la main avec du coton et des teintures locales.
- On utilise une pâte de sadza (farine de maïs), qui apporte davantage de texture et de résistance au tissu.
- Les motifs sont innombrables et évoquent le patrimoine culturel ainsi que la flore et la faune locales.
- Utilisé pour les vêtements courants et la décoration intérieure (notamment le linge de maison).
5. Perles (Kenya, Afrique du Sud, Tanzanie, Afrique de l’Ouest et autres régions)
- Accessoires colorés, audacieux ou délicats, qui indiquent le statut, la culture, les traditions, l’âge, etc.
- Souvent portés sur la tête ou dans les cheveux, autour du cou, des épaules, des bras, des poignets, de la taille ou des chevilles.
- Quelle que soit leur conception ou leur forme, les perles de chaque couleur ont une signification tribale symbolique.
- Fabriqués avec des cauris, du fil métallique, de l’argent, du plastique ou du verre (les Maasaï portent des perles de verre).
6. Bògòlanfini (Mali)
- Textile unique en coton uni tissé, orné de motifs complexes et porté par les femmes bamanan.
- Fabriqué à la main à l’aide de boue fermentée et teint dans des feuilles bouillies pour obtenir une teinte jaune.
- Le tissu est souvent confectionné en vêtements tels que des chemises, des tuniques, des jupes et des châles.
- Généralement porté lors d’événements importants de la vie, par exemple juste après un accouchement pour se protéger.
7. Kente (étoffe ghanéenne)
- Tissu de soie et de coton tissé à la main.
- Créé par le peuple Ashanti du Ghana.
- Chaque motif et combinaison de couleurs a une signification précise.
- Traditionnellement porté lors de cérémonies importantes.
8. Raphia (Afrique centrale)
- Les jupes et les étoffes drapées sont des pièces tissées courantes.
- Les fibres proviennent des feuilles de palmiers raphia, indigènes de la région.
- Les techniques traditionnelles de filage domestique, à l’aide de métiers à tisser pour le raphia, sont encore utilisées aujourd’hui.
- Très répandu au Cameroun, en République démocratique du Congo et en République du Congo.
9. Soie (Madagascar)
- Il en existe plus de 10 variétés différentes, tissées à la main en textiles traditionnels.
- Introduite par les Polynésiens de Malaisie.
- Les vers à soie Borocera cajani utilisés sont originaires de ces terres.
- Largement utilisée pour les tenues de cérémonie, notamment lors des funérailles, ainsi que pour les vêtements courants.
10. Étoffe souban (Niger)
- Pagne tissé à la main en laine et en coton.
- Orné de motifs détaillés symbolisant la vie quotidienne et le patrimoine.
- Autrefois uniquement noir et blanc, il se décline aujourd’hui dans des couleurs et des motifs plus audacieux.
- Toujours somptueuses, les couvertures souban sont portées par la noblesse et utilisées lors d’occasions spéciales.
Grâce à des techniques transmises de génération en génération et intégrées à des tissus aux imprimés célébrant le patrimoine et la créativité africains, l’industrie de la mode commence, lentement mais sûrement, à reconnaître le pouvoir des imprimés africains.
Ajoutez à cela une clientèle plus soucieuse de l’environnement, qui valorise un savoir-faire authentique grâce à un processus transparent, est prête à payer davantage pour des textiles biologiques certifiés et des teintures naturelles (par exemple, le coton biologique africain, cultivé à la main dans des pays comme l’Ouganda, la Tanzanie, le Sénégal, le Bénin, l’Éthiopie, le Cameroun et le Burkina Faso), et privilégie les pratiques commerciales durables touchant aux personnes, aux lieux, à la production, aux profits et aux politiques, plutôt que la fast fashion sous toutes ses formes. Rien d’étonnant, donc, à ce que le mouvement de la mode durable et éthique, porté par des marques fondées par des femmes noires telles que Fashion Africa Trade Expo (F.A.T.E), Interwoven et Colèchi , continue de faire entendre des voix de confiance au sein de la communauté et de bâtir sur les réputations qu’elles ont si justement acquises.
Avec la reconnaissance mondiale de l’innovation du design africain et son association à des tissus de haute technologie pour créer des modèles contemporains et avant-gardistes, il n’est pas étonnant que nous assistions enfin à une représentation accrue des créateurs africains de tout le continent sur la scène internationale.
Parmi nos créateurs préférés figurent Tongoro Studio, fondé par Sarah Diouf – Sénégal ; Maxhosa Africa, fondé par Laduma Ngxokolo – Afrique du Sud ; Thebe Magugu – Afrique du Sud ; Hanifa, fondée par Anifa Mvuemba – Kenya ; Imane Ayissi Couture, fondée par Imane Ayissi – Cameroun ; Orange Culture – Nigeria ; Duro Olowu – nigérian-britannique, et la liste est encore longue…
House of Nyabinghi s’engage à honorer et à faire vivre les traditions du style et du savoir-faire noirs. Visitez notre boutique en ligne pour découvrir nos collections choisies de mode contemporaine, de culture et d’articles inspirés du mode de vie de la diaspora.
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